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SUICIDE DES PAYSANS

Tous les  jours, deux agriculteurs meurent en France. Entre le surendettement et la dévalorisation du métier, les paysans n’ont plus le moral. Ce  fléau est minimisé.  Ce sujet reste très tabou au sein des agriculteurs. Le stress de ne pas arriver à s’en sortir, la honte de parler de leurs difficultés, l’isolement, tous ces maux peuvent les amener au suicide...

TRAVAIL EN COURS ...

Jean-Pierre Le Guelvout est mort à l’âge de 46 ans, il s’est tiré une balle dans le coeur. Jean-Pierre avait une ferme avec son frère, ils faisaient de la vache laitière. Depuis la fin des quotas en avril 2015, ils se sont retrouvés en très grande difficulté financière. Jean-Pierre a demandé à plusieurs reprises d’échelonner différemment les emprunts mais la banque n’a rien voulu savoir. Ne trouvant pas d’issue, Jean-Pierre s’est suicidé.

Lost était le chien de Jean-Pierre.

Kerlego, Golfe du Morbihan, France.

Xavier était producteur de plantes médicinales, il s’est pendu dans son garage à l’âge de 47 ans. Xavier s’était installé en 2000 comme éleveur de vaches laitières, il a arrêté en 2011 parce qu’il n’avait pas assez de trésorerie pour se mettre aux nouvelles normes sanitaires. Il devient alors cultivateur de plantes médicinales mais il trouvait ça difficile. Financièrement c’était très dur, sa ferme était de 30 hectares, il aurait fallu augmenter, il n’a pas eu la force.

Après sa mort, sa soeur et sa famille ont récolté les champs de bleuets de Xavier, dans cette grande tristesse elle trouvait ça beau. Cette ambiance lui reste dans la tête, pour elle, c’est un beau souvenir qui reste lié à la mort de son frère.

Maine et Loire, France

Jean-François s’est pendu devant la porte du bâtiment de la SAFER à l’âge de 61 ans. Il avait une ferme de 315 hectares. Il était éleveur de vaches allaitantes, il était autosuffisant pour la nourriture de ses bêtes. Ses terres étaient divisées sur deux fermes dont une qui se trouvaient à 10 km, elle comprenait 65 hectares. En 2012, il a voulu acheté une ferme de 61 hectares qui était à proximité de sa ferme principale et revendre celle qu’il avait de 65 hectares. Mais après avoir vendu la sienne, la SAFER a accordé la ferme à un autre agriculteur. Il s’est battu jusqu’en cassation mais il a encore perdu, il ne l’a pas supporté.

Il adorait ses vaches et elles le lui rendaient bien, elles étaient très affectives avec lui. 1/3 de son cheptel s’est retrouvé sans abri pour l’hiver dû à la vente et au «non achat» de l’autre ferme.                        

 - Limousin, France -

Pierric était en voiture et s’est jeté dans la mare, en face de la maison d’habitation à l’âge de 53 ans. Il avait une ferme de 165 hectares, il n’avait pas de problème de trésorerie mais il travaillait énormément. Il faisait au minimum 14 heures par jour et pendant la période des semis, c’était plutôt 17h par jour. Cette fatigue chronique a eu pour conséquence des accidents de travail et une dépression. Il en avait marre de n’avoir aucune reconnaissance pour tout ce travail effectué.

Il s’asseyait toujours à la table de la cuisine pour faire ses papiers et il en avait beaucoup à faire ! Sa femme trouvait ça très important de photographier la chaise ici pour montrer que les agriculteurs d’aujourd’hui doivent savoir tout faire alors qu’ils travaillent déjà trop dans les champs... pour elle, ce n’est pas normal.

La Chevrolière, Loire-Atlantique, France.

La grand-mère de Catherine Laillé s’est noyée et sa mère également. Toutes les deux femmes de paysans donc paysannes elles-mêmes.

Sa grand-mère a subi ce métier et la dureté de son mari, pour ne pas dire violence... à l’époque divorcer était hors de propos, inconcevable. 

Et sa mère a subi également ce métier. Elle ne voulait pas devenir fermière, ce n’était pas son rêve et pourtant elle a dû travailler dans la ferme tous les jours. Elle n’était décisionnaire de rien. Un jour, elle en a eu marre et elle s’est noyée à l’âge de 37 ans lorsque Catherine avait 12 ans.

Il y a eu un soutien familial incroyable. Catherine son frère et sa soeur se sont soudés les coudes. Ils ont grandi et fait des études. Catherine ne voulait surtout pas être agricultrice mais elle a pourtant épousé un agriculteur. Au départ, elle travaillait comme secrétaire comptable dans une entreprise et puis elle a eu ses enfants, elle est alors restée à la ferme. Et c’est là où elle s’est retrouvée à aider son mari et au fur et à mesure, elle y travaillait de plus en plus. En 1991, elle s’est syndiquée et en 1996 elle devient chef d’exploitation dans le GAEC de son mari. Là au moins, elle avait un vrai statut professionnel et surtout, elle avait un droit de parole au sein de la ferme. Et ça c’était une grande fierté et une grande réussite pour Catherine Laillé. Au moins, elle ne subissait pas, comme a pu le vivre sa mère ou sa grand-mère.

Le lieu de la photographie était l'endroit que Catherine préférait dans la ferme. C'était l'endroit où elle jouait ou discutait avec son frère et sa soeur et sa mère.

Fégréac, Golf du Morbihan

Raymond, 51 ans, s’est pendu à 5h45 du matin dans la stabulation de la ferme, il s’est ligoté les mains.

Raymond est arrivé en 1992 à la ferme de Jean-Michel Auneau. Ils ont créé un GAEC, ils avaient en tout 130 hectares. 120 vaches. Raymond s’occupait des vaches, il adorait ses animaux et Jean-Michel, « Michou », s’occupait des champs, des céréales.

En 2009, le Conseil Général veut créer une zone industrielle, il lui faut 180 hectares qui va donner l‘envie au troisième associé de partir. Il part et pourtant le projet de zone industrielle est avorté. Ils se retrouvent tous les deux, il y a trop de travail… il faut embaucher ou s’associer. Ils vont voir le GAEC qui se trouve à 1 km de chez eux. Les papiers mettent du temps à se faire mais pour finir cela se fait. Ils se retrouvent en GAEC avec la Roulière, au total, 450 hectares de terres. En avril 2011, ils commencent à travailler tous ensemble. Malheureusement, l’entente n’est vraiment pas au rendez-vous… L’année 2010 et le printemps 2011 une sécheresse, reconnue catastrophe naturelle. Raymond ne voit aucune issue, il se pend.

Vieille Vigne, Loire-Atlantique, France

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